EIRANCE AUPRES DE MICHEL DEON.

Credit photo LCC

Du 28 février au 3 mars en Irlande pour réaliser un entretien sur Déon et Le Roussillon…ces quelques jours volés à Michel Déon, de l’ Académie Française feront l’objet d’un livre publié à la fin de l’année 2011 …en voici une  esquisse…

Mercredi 3 mars 2011. Je prends ma voiture direction l’aéroport de Dublin. Driving on
left. L’esprit d’escalier me guide vers ce livre offert la veille par vous, Michel Déon,
…jeu de miroirs. Il commence ainsi :
« Nous n’avons que les miroirs pour connaître notre image et, disait Jean Cocteau, ils
feraient bien de réfléchir avant de nous la renvoyer (…) Quelle chance a Narcisse de se
noyer dans son propre reflet ! Il ne connaîtra jamais la décrépitude (…) Mais nous,
notre « vrai nous » a-t-il survécu à cette ruine et, caché dans les replis de la mémoire si
aisément trompeuse, a-t-il franchi sans trop de rides les cruelles années, sans trop de
reniements des belles illusions ? Je rouvre un petit carnet noir cartonné à l’ancienne
(…) ce n’est rien qu’un recueil de citations (…) voilà donc notre vrai visage, avec ses
coups de foudre, ses amertumes, et ses découvertes qui transfiguraient tout. Ce visage
n’en a cure d’un miroir quand le choix des lectures le reflète mieux sans le trahir ou
plutôt, ne trahit que ses états d’âme successifs, ses passades et ce coup de foudre
asséné par la rencontre d’un talent qu’on se rêvait et qu’un autre, en quelques mots vous
a soufflé au nez. »
Est-ce un hasard si j’aime noter, moi aussi, les citations des auteurs admirés, est-ce
qu’un hasard si mon carnet est rempli de vos citations, cher Michel Déon ?… Revenant de
cette Eire tapissée de shamrocks… je sais qu’il n’y a pas de hasard.
Je vous ai lu. Découvrant un auteur qui sait exprimer ce que je ressens avec une évidente
clarté, relever vos mots devint un jeu entre lectrice et auteur. Une étreinte littéraire,
respectueuse et platonique. Nous étions faits pour nous découvrir par pages interposées…
j’ai poussé l’audace jusqu’à rencontrer la plume, vous avez poussé la courtoisie jusqu’à
recevoir la fervente.
Vous avez raison, les livres sont des jeux de miroirs…J’ai contemplé mon reflet dans le
miroir de vos mots. Savez-vous que votre reflet se révèle malgré vous ? Oui,
certainement. Aucun mot n’est léger. Mûrement pensée, pesée, chaque phrase s’engouffre
dans un confessionnal. Vos citations vous trahissent plus qu’un aveu.
Pendant nos entretiens, m’appuyant sur mes modestes lectures, j’ai suivi à la trace vos
admirations, vos amitiés, en terre catalane pour en faire un recueil hommage. Le
remerciement d’une lectrice. Nous aurions pu bavarder assis à la terrasse du café de la
loge, face à la statue de Maillol assiégée par une sardane…ce fut à Tynagh… la vodka
remplaçant le pastis. Tynagh, village lové dans un labyrinthe de chemins étroits. From
crossroad to T cross. Eirance en préface. Tynagh, triangle des Bermudes, inconnu des GPS
et des cartes routières… c’est bien mieux ainsi. Vous rencontrer se gagne.
Dans votre bureau rempli de livres, le temps s’est oublié, s’est souvenu, sans rien
oublier. Un Davidoff dans le cendrier, un nuage de fumée, un souvenir envolé puis deux,
puis…Mots après mots, trait après trait, s’est dessinée une carte, celle d’une île à lire et à
relire…littéraire, artistique, historique, épique …déonienne ou déonesque…selon l’humeur,
selon les grains ou les éclaircies. J’ai erré dans cette île enchantée, butant sur des
trésors, galopant au rythme des Irish Draught, m’embourbant dans des bogs, gambadant
moins vite que Quarto près du Shannon… j’aurai voulu demeurer plus longtemps auprès de  Chantal et de vous, si généreux… mais la vie m’a happée. Il y a des pages difficiles à  tourner. Voici ce qu’il demeure de ces pages volantes. Cette parenthèse enchantée, je ne veux jamais l’oublier.

Laetitia Canal-Cologni.

Crédit LCC

Ce contenu a été publié dans Eclats de coeur, Europe, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à EIRANCE AUPRES DE MICHEL DEON.

  1. marie-laure sudreau dit :

    tout d’abord vous dire que vous écrivez parfaitement votre émotion, vous la faites vivre.
    et puis la deuxième photo est superbe.

    hâte de vous lire en fin d’année.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *