Le Soleil Noir de Bangkok.


(Source:http://www.agnesdherbeys.com/ : portfolios Thailand: Growing Pains, Red shirts Crisis)

Travail proposé par Pauline Auclair-Desrotour et Miriam Nova, PremiereS3, Lycée François Arago, Perpignan. 2011.

Contexte général de la photographie :

Continent : Asie/ Pays : La Thaïlande/Capitale : Bangkok/Population : 65 millions d’habitants/Régime politique : monarchie constitutionnelle depuis 1932/Roi : Rama IX/Date: Avril-Mai 2010

Description et analyse de la photographie :

Cette photographie prise par Agnès Dherbeys montre une femme habillée d’une chemise noire et d’un pantalon gris couchée derrière une sorte de bidon de couleur sombre. A l’arrière plan on distingue une lueur rouge dans la rue, cela suggère l’émeute et on devine les combats qui doivent faire rage. La jeune femme tourne son visage terrorisé vers Agnès Dherbeys qui doit se trouver juste derrière elle.

Cette photographie est très violente ou du moins sous-entend le danger omniprésent, que cours cette femme et la journaliste. La situation est tendue, et menace de dégénérer.

Le corps de la femme et le bord droit de la rue, formés par les traits des pavés,  sont deux lignes de fuites qui se rejoignent sur l’œil de la jeune femme. A gauche le bidon arrête le regard, et empêche de distinguer l’arrière plan et l’émeute. Les couleurs sombres, surtout des nuances de gris et de noir, assombrissent la photographie et contrastent avec les points rouges qui jaillissent à l’arrière plan, attirant l’œil du spectateur.

Les lignes de fuites ainsi que les couleurs donnent de la profondeur à la photographie et une idée de mouvement. En effet, on a l’impression qu’elle vient à l’instant de se coucher derrière ce bidon. La ruelle dans laquelle elles se trouvent accentue l’idée qu’il n’y a qu’une seule issue et suggère que la seule sortie possible et du côté de l’émeute.

La photographie est d’ailleurs coupée en deux (ligne rouge) entre le premier plan fermé et l’arrière plan ouvert, ce qui créé un lien de cause à effet entre la peur incontrôlée de la personne et la brutalité des actions suggérées par l’arrière plan.

Cette photographie montre la violence en Thaïlande, et l’inextricable situation dans laquelle se retrouve la population. La fatalité de cette issue se ressent dans le regard apeuré du personnage qui de toute évidence ne peut que se protéger face à ces évènements, symbolisé par les lumières rouges.

Afin de prendre cette photo Agnès Dherbeys s’est mise en danger pour être au plus près de son sujet. Ainsi elle réussit à  rendre compte des sentiments ressentis par la personne et à faire comprendre au spectateur la gravité de sa condition.

Cette photographie est originale dans le sens où elle montre le point de vue de l’habitant et non celui des combattants. En effet, on ne voit aucun combat, seulement des lumières. Cette photo est dans la suggestion, et ne cherche pas à montrer la violence brute mais à la faire ressentir.

D’autres photographes ont également pris des photos de cette actualité. Notamment, Corentin Folhen un jeune photographe qui fut primé au Scoop d’Angers devant Agnès Dherbeys pour sa série. On peut remarquer en comparant leurs deux séries que les couleurs sont très proches, surtout les nuances de gris profond, mais aussi les situations. On retrouve constamment les barrages de pneus, la saleté ambiante et la poussière omniprésente. Pourtant, on reconnait les photos  d’Agnès Dherbeys au premier coup d’oeil notamment grâce au relief qu’elle leur donne. Elle « lisse » moins ses couleurs, et n’hésite pas à contraster et à apporter de la profondeur. C’est ce qui fait sa signature.

Le photographe Agnès Dherbeys: Agnès Derbheys est une brillante jeune fille qui commence son parcours par Science Po et un master de Science de communication. Elle sait alors déjà qu’elle veut travailler dans l’information et pense devenir journaliste.  C’est un photographe qui l’initie à la photo. L’école de journalisme lui a appris à aborder un sujet en se posant une problématique et à l’étudier sous un angle de vue personnel. C’est donc à 23 ans qu’elle découvre que le photojournalisme va devenir son métier. Elle commence à pratiquer le photojournalisme sans but précis. Elle apprend rapidement à se servir de son appareil photo, et visite de nombreuses expositions afin « d’affiner son œil et son propos » comme elle le dit elle-même. En 2005 elle obtient une bourse de la Fondation Jean-Luc Lagardère, ce qui lui permet de réaliser son projet sur le Timor Oriental.

Pour son premier reportage elle a accompagné, sur son invitation, un photoreporter, afin d’apprendre les techniques, et notamment les effets que cela peut produire. Cela lui permet de faire un reportage photo très intéressant sur les guérillas maoïste du Népal et de vendre ce reportage.

Elle fait le choix de s’installer à Bangkok pour pouvoir y suivre l’activité politique instable. Mais elle travaille aussi en France.

Enfin Agnès Derbheys a choisi d’utiliser majoritairement un appareil argentique et donc de faire ses photos en noirs et blancs, cela donne à ses photos une dimension informative plus grande et l’œil n’est pas attiré et distrait par la couleur. Ce n’est pas un choix esthétique mais cela lui permet de montrer de manière plus incisive ce qu’elle souhaite que le spectateur regarde. « C’est le propos, l’information que l’on donne qui importent » comme elle dit elle-même. De nature prudente, elle n’hésite pourtant pas à prendre des risques et se retrouve sur des champs de batailles ou, comme il n’y a pas très longtemps, lors de l’après tsunami.

POUR APPROFONDIR


La Thaïlande: La monarchie constitutionnelle sous-entend que le roi n’a qu’un pouvoir fictif et que le réel pouvoir est entre les mains du premier ministre. En théorie cette monarchie est plus ou moins démocratique, car elle permet des élections mais la pluralité des partis n’est pas respectée et il n’y a pas de véritable opposant au pouvoir. Pourtant le pays ne subit pas encore la censure et conserve une relative liberté vis-à-vis du gouvernement.

L’armée s’empare du pouvoir le 19 septembre 2006, profitant que le premier ministre soit à l’étranger. Elle déclare alors l’état d’urgence généralisé. Les généraux qui ont pris le pouvoir décide d’instaurer un contrôle de l’information (prise de la télévision), et d’exercer une autorité qui serait provisoire et fidèle au roi de Thaïlande. Surayud Chulanont, un ancien commandant en chef de l’armée, est investit de la qualité de premier ministre par le roi de Thaïlande, après la déchéance de l’ancien premier ministre.

Le gouvernement se retrouve sous le contrôle absolu de l’Etat-major. Depuis le 18 décembre 2008 le gouvernement est dominé par le Parti Démocrate et il est soutenu par les généraux. Le régime devient alors beaucoup plus dur que l’ancien, les militaires prennent peu à peu le contrôle de toutes les institutions, exerçant une censure sur les médias, et élimine la pluralité des partis déjà peu existante. Le seul parti pouvant s’exprimer librement est celui du gouvernement, le Parti Démocrate. La démocratie a donc pratiquement disparue. Les « chemises rouges » et les « chemises jaunes » s’affrontent dans des combats sanglants à partir du 2 septembre 2008. De plus, de nouveaux groupes font leur apparition, tel que les « chemises bleues » qui prétendent défendre les citoyens et les lieux publics.  Mais ces nouvelles couleurs sont accusées par les « chemises rouges » d’être à la solde du gouvernement.

Hypothèses:Le gouvernement a su plaire à la Thaïlande rurale, c’est-à-dire plus de 65 % de la population, il faut qu’il mette à profit ce nouveau soutient pour rester en place. Mais il ne faut pas oublier que la majorité des hommes politiques thaïlandais refuse de partager le pouvoir. De plus, la population ne soutient plus autant les « chemises rouges ».

Qui sont les chemises rouges ? Taksin, l’initiateur du mouvement des « chemises rouges », a été évincé du pouvoir lors du coup d’état de septembre 2006. Au départ les « chemises rouges » soutenaient le pouvoir.  Ils réclament une plus grande représentation du pouvoir populaire. Ce mouvement se compose essentiellement de militaires,  et de dirigeants de provinces. Ils veulent renverser le pouvoir en faveur de Taksin.

Qui sont les chemises jaunes ? Cette alliance a été fondée par le magnat de la presse Sondhi. Ce mouvement s’oppose à la corruption et aux affaires mafieuses qui règnent dans le milieu  de la politique. Ce mouvement est principalement formé d’intellectuels et la classe moyenne supérieure. Les « chemises jaunes » dureront tant que les « chemises rouges » se manifesteront. Mais le jaune est la couleur de la monarchie en Thaïlande. En effet, les « chemises jaunes » cherchent à maintenir la monarchie.

AFFICHE DE L’EXPOSITION


Ce contenu a été publié dans Asie, Non classé, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Le Soleil Noir de Bangkok.

  1. Bonjour et je vous remercie pour ce post, très flattée qu’une de mes images ait fait l’object d’une telle analyse !
    Je tiens malgré tout à préciser qu’il s’agit en fait d’une chemise rouge, un homme Thailandais. Nous nous faisions effectivement tirer dessus, un seul ‘combattant’ se trouvait devant nous. Après avoir pris cette photo je me suis reculée -considérant que les risques étaient désormais trop importants. J’ai passé un groupe de quelques autres chemises rouges à 4 mètres du point de cette image, me suis retournée et un des hommes s’est fait tué par une balle dans la tête. Le seul mort de cette nuit, après l’assassinat de Seh Deang, qui a succombé à ses blessures quelques jours plus tard.

    Il y a aussi de petites erreurs sur la junte (coup détat 2006) et le gouvernement Democrate d’Abhisit arrivé au pouvoir en 2009. Il est certain que la censure de l’information s’accroit en Thailande, et que toutes les instances du pays sont plus ou moins entravées par l’armée, mais celle ci n’est plus intégrée au gouvernement depuis ABhisit. La Thailande a désormais une nouvelle premier ministre depuis cet été, élue démocratiquement par le pays; il s’agit de Yingluck Shinawatra, petite soeur de Thaksin.
    Il est faut de dire que l’UDD c’est à dire les chemises rouges ne sont pas composées essentiellement de militaires, et de dirigeants de provinces.

    Par ailleurs je n’ai pas travaillé en France sauf très sporadiquement; je vis effectivement à Bangkok depuis 10 ans et travaille en Asie du Sud Est majoritairement. Bien à vous,
    Agnes Dherbeys

    • Laetitia Canal dit :

      Merci pour ces précisions et votre compliment qui touchera les élèves. Je tiens à rappeler que vous avez remporté la médaille d’or du prix Robert Capa 2010, un des prix les plus prestigieux du photojournalisme, pour ce reportage. Toutes nos félicitations! LC

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *