PETROLE AU MOYEN-ORIENT: ARME ET ENJEU

Le pétrole est une ressource d’origine fossile et non renouvelable, exploitée depuis le milieu du XIXeme siècle. Le pétrole est devenu un acteur central dans le développement économique de nos économies et de nos sociétés. composition liquide de différentes matières organiques. L’exploitation de cette ressource nécessite de la part des pays producteurs et consommateurs une gestion très calculée. De 1950 à 1973, la production mondiale a été multipliée par 5,6 pour atteindre 2870 millions de tonnes. Le pétrole représenta alors plus de 50% de la consommation totale d’énergie.
Aujourd’hui les principales poches de réserves se situent au Moyen-Orient puisqu’on y estime 97 milliards de tonnes de réserves (en 2007 selon l’OCDE) mais aussi en Amérique Latine avec le Vénézuela notamment (15milliars de tonnes) et en Asie centrale ou l’on compte dans les 17 milliards de tonnes. Les pays du Golfe occupent la première place avec 184 millions de tonnes selon BP en 2011 contre 648 millions pour l’ALENA (Canada + USA).A partir des années 1970, les relations entre pays producteurs et consommateurs deviennent tendues. En effet l’OPEP (l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) crée en 1960 qui regroupe 12 pays comme l’Arabie Saoudite, l’Irak, la Libye, le Koweit et le Qatar ou encore le Gabon…, met fin au pouvoir du Cartel appelé les «Majors» composé de 7 grandes compagnies occidentales comme Shell(Pays-bas) Exxon(USA), BP(UK), Total(France). L’OPEP reprend la main sur sa richesse pétrolière et en fait même une arme politique. L’épuisement progressif de certains bassins pétroliers (environ 50 années de production possible au rythme actuel), renforce d’énormes tensions géoéconomiques et ou géopolitiques dans la zone Arabe.

PROBLEMATIQUE: Dans quelle mesure le pétrole peut-il être considéré comme un facteur des conflits géopolitiques au Moyen-Orient? L' »or noir » est-il une bénédiction ou une malédiction?

I/ Après la Seconde Guerre Mondiale, le pétrole devient un enjeu, le Moyen- Orient un espace économique et géopolitique central.

Après la Seconde Guerre Mondiale les Grandes puissances s’intéressent de près au Moyen-Orient; Leur intérêt tourne autour d’une richesse récemment découverte: le pétrole. La Guerre Froide qui s’installe en 1947 ne fait qu’accentuer le phénomène. L’Europe est alors à reconstruire, les deux grandes superpuissances (l’URSS et les Etats-Unis) cherchent à étendre leur influence mondiale et leur puissance économique, or comme nous l’avons dit le pétrole, à cette période, est la principale source d’énergie mondiale. Ce dernier devient un enjeu majeur.

Les USA bénéficient à cette époque d’une réserve de 6,8 milliards de tonnes mais leur production se base sur une exploitation maîtrisée de la part du gouvernement américain qui veut la préserver. Aussi les Etats- Unis préfèrent importer une partie de son pétrole. Les majors américaines se tournent également vers les concessions étrangères.

Pour assoir une influence économique et politique sur la région les Etats-Unis scellent le «Pacte de Quincy» le 14 février 1945. Sur le croiseur Quincy, le Roi Abdel Aziz Ibn Saoud, fondateur du royaume Saoudien en 1938, et le président américain Franklin Roosevelt, de retour de la conférence de Yalta (11fev 1945) signe cet accord géopolitique fondamental.
Il se base sur:
—La protection inconditionnelle du Royaume contre toutes menaces extérieures devient un « intérêt vital » pour les Etats-Unis. Par extension la stabilité de la Péninsule Arabique et le leadership régional de l’Arabie Saoudite font aussi partie des «intérêts vitaux» des Etats-Unis.
—En contrepartie, le Royaume garantit l’essentiel de l’approvisionnement énergétique américain. La dynastie Ibn Saoud n’aliénant aucune parcelle de son territoire, les compagnies concessionnaires ne seraient que locataires des terrains ce qui maintiendrai le système des Royalties.
Donc le Pacte de Quincy est un échange « pétrole contre protection ». Par extension le régime Saoudien devient de fait clairement pro-américain. Par ailleurs, les Etats-Unis légitiment et protègent un régime politique basé sur le wahhabisme ( mouvement fondamentaliste, intégriste sunnite qui applique la Charia). Le «Pacte du Quincy» est une alliance paradoxale entre une la plus grande démocratie libérale du monde et une puissante monarchie théocratique du Moyen-Orient. Intérêts économiques et diplomatiques priment sur les considérations démocratiques…
Ce pacte a assuré la stabilité du ravitaillement énergétique américain et mondial, ainsi que la prospérité économique occidentale.

Cette photo a été prise sur le croiseur militaire américain Quincy dont on aperçoit la structure en arrière-plan. Le cadre est au sens strict celui du Pacte de Quincy.
On remarque que sur cet angle de vue la délégation Saoudienne est minoritaire, et n’est représenté que par le Roi habillé en costume traditionnel bédouin (keffieh). Le roi Saoudien est placé au centre, ce qui montre son importance. A sa droite, le président Roosevelt en costume occidental le regarde. L’ambiance semble sereine puisque l’on remarque que le roi sourit. Roosevelt semble moins fatigué que lors de la conférence de Yalta ( Roosevelt meurt le 12 avril 1945) malgré ses problèmes de santé il n’est pas dans un fauteuil roulant . Dans l’angle droit, on remarque une partie du drapeau américain dont on ne distingue que les rayures rouges et blanches, c’est une des rares touches de couleur de la photo, elles sont relayées par le rouge et blanc du keffieh. Le jeu de lumière reprend le lien USA- Arabie Saoudite: les reflets du soleil sont portés sur le drapeau américain en haut à droite mais également sur le tapis qui semble être de style oriental. Nous pouvons interpréter ceci comme une façon de suggérer un rapprochement entre les deux pays. Le Soldat américain qui est de dos est à genou devant le Roi. On voit ainsi que cet accord a une dimension militaire et de protection du Roi. Se mettre à genou en dit long sur l’importance de cet accord pour les Etats-Unis qui considèrent désormais ce pays comme un partenaire économique et politique majeur. On constate que cette photo, posée, très travaillée est un cliché officiel…de la com avant l’heure…

II. Dans les années 70 le pétrole devient une arme politique et se retrouve au coeur des conflits .

CREATION DE L’OPEP

L’OPEP est créée le 14 septembre 1960, lors de la Conférence de Bagdad, principalement à l’initiative du Shah d’Iran et du Venezuela en la personne de Juan Pablo Perez Alfonso qui mena, dans le cadre de ses fonctions de ministre vénézuélien des Mines, des actions visant la création d’une organisation internationale des pays producteurs de pétrole pour pallier la baisse du prix du baril (moins de 5 dollars américains à l’époque). À l’origine, seuls cinq pays en étaient membres : l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Irak, le Koweït et le Venezuela . Cette organisation ntergouvernementale vise à négocier avec les sociétés pétrolières pour tout ce qui touche à la production de pétrole, son prix et les futurs droits de concessions. Actuellement, le secrétaire général de l’OPEP est Abdallah Salem el-Badri

1973 PREMIER CHOC PETROLIER.

Le vocable de choc pétrolier fait référence aux conséquences sur l’économie globale d’une modification brutale de l’offre de pétrole en combinant hausse du prix et augmentation de la consommation et/ou baisse de la production.
On distingue en 2010, trois crises différentes apparues en 1973 puis 1979 Le début des années 2000 a également vu une importante augmentation du prix du pétrole mais sans atteindre la brutalité et les conséquences des trois autres crises et n’est donc pas considéré comme un choc pétrolier à proprement parler.
Les causes et conséquences de chacune de ces crises sont différentes, mais de nombreux spécialistes craignent une répétition de ces crises suite à la dépendance accrue de l’économie mondiale au pétrole parallèlement à une diminution certaine des réserves naturelles de pétrole.
Suite au pic de production du pétrole des États-Unis et à l’abandon du système de Bretton Woods le contexte du marché pétrolier est modifié. Le premier choc pétrolier survient en 1973 suite à la guerre du Kippour. Le 16 et 17 octobre 1973 les pays arabes membres de l’OPEP annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les États « qui soutiennent Israël ». Le 6 octobre 1973, la majorité d’habitants de l’État hébreu célèbre Yom Kippour, le jour le plus sacré du calendrier juif. C’est le moment choisi par une coalition arabe menée par l’Egypte et la Syrie pour lancer une attaque militaire surprise. C’est la Guerre du Kippour. L’aide militaire américaine, marquée par des livraisons d’armes par pont aérien à partir du 14 octobre 1973, a permis à l’État hébreu de débloquer une situation critique. La réaction arabe face à l’intervention américaine ne se fait pas attendre. Réunis le 16 octobre à Koweït City, les principaux producteurs du Golfe décident d’augmenter unilatéralement de 70 % le prix du baril de brut. Ils imposeront quelques jours plus tard une réduction mensuelle de 5 % de la production pétrolière et un embargo sur les livraisons de pétrole à destination des États-Unis et de l’Europe occidentale. L’embargo ne sera levé que 5 mois plus tard mais la sanction est là. En un an, le prix du baril passe d’environ 3 dollars à 12 dollars.

Les revendications des pays arabes portent sur :
l’augmentation importante du prix du brut et plus précisément la quote-part de ce prix revenant aux « États producteurs »; le contrôle absolu des niveaux de la production afin de maintenir un prix « artificiellement » élevé du brut ; la participation croissante, de la part de ces pays, aux opérations de production entraînant la disparition progressive du brut revenant aux sociétés concessionnaires (dit « brut de concession ») au profit du brut qui revient à l’« État hôte » (dit « brut de participation »); le financement de la cause arabo-palestinienne et la reconnaissance d’un peuple palestinien jusqu’alors peu populaire en Europe : le ministre du pétrole saoudien déclarait le 26 novembre 1973 à la télévision française dans l’émission Actuel 2 : « si vous ne changez pas votre politique [de soutien à Israël], l’Europe va souffrir »

REVOLUTION IRANIENNE, DEUXIEME CHOC PETROLIER ET GUERRE IRAN-IRAK

En pleine guerre froide le bloc de l’Ouest est essentiellement ravitaillé en pétrole par le Moyen-Orient, L’Occident est « dépendant ». A l’époque l’Iran, est également un grand producteur de pétrole. L’Iran est dirigé par le Shah depuis 1953. Dictateur « occidentalisé » le Shah est considéré comme un partenaire fondamental des Etats-Unis. En 1979, le Shah est renversé par une révolution qui met en place un régime islamiste Chiite dirigé par l’Ayatollah Khomeini. Il est dans un premier temps soutenu pas l’Occident qui voit en lui le moyen de revenir à la stabilité dans cette région du globe. Pendant que les Etats-Unis se « félicitent » d’avoir fait partir le Shah, la France elle, espérait en voyant Khomeini au pouvoir, le moyen d’obtenir un accord privilégié sur le pétrole Iranien. Les Européens voulaient voir en Khomeini un modéré qui négocierait le pétrole avec eux plutôt qu’avec les Etat-Unis, ce qui montre bien que le pétrole est au coeur des tensions politiques mondiales.
En prenant le pouvoir, Khomeiny se donne une assise politique mais également une autorité religieuse: il fait inscrire dans l’article 5 de la constitution islamique «Dieu est mon but, l’Apôtre mon guide et le Coran ma constitution » . Une Théocratie islamiste Chiite s’impose en Iran… Ce qui déplaît fortement aux Occidentaux… Khomeini instrumentalise la religion pour légitimer son pouvoir, l’Occident est désigné comme l’ennemi. L’Iran est isolé ou s’isole diplomatiquement. La manne pétrolière est menacée.
Le cas de l’Iran des conséquences régionales et mondiales:
Le détroit d’Ormuz, zone de passage stratégique pour le pétrole ( 30% du commerce mondial de pétrole) est exposé; l’approvisionnement de l’Occident en or noir est menacé.

Le deuxième choc pétrolier se produit en 1979. Sous les effets conjugués de la révolution iranienne puis de la guerre Iran-Irak, le prix du pétrole est multiplié par 2,7 entre la mi-1978 et 1981, ce qui déclenche aux Etats-Unis la crise monétaire de 1980.

Pour affaiblir Khomeini et à terme se débarrasser de la révolution islamique, les USA vont jouer sur les tensions qui existent entre Chiites et Sunnites. Dans le monde musulman, les Chiites représentent 15% des musulmans mais 90% des Iraniens. Les Sunnites craignent la montée en puissance des Chiites suite à la Révolution iranienne. Le 16 juillet 1979 en Irak, pays voisin de l’Iran, Saddam Hussein du parti Baas Irakien, gagne les élections présidentielles. Laïc, pro- occidental, Saddam Hussein est soutenu par les Américains. Ils voient en lui le moyen de pouvoir reprendre l’avantage.
Le 22 septembre 1980 la guerre entre Iran/Irak est déclarée pour des problèmes frontaliers et pétroliers. Elle dure 8ans et se termine par un statu-quo. Suite à cette guerre l’Irak est ruiné.

Photo de Henri Bureau prise lors de la Guerre Iran-Irak ( 1980-1988).
Ce cliché montre au premier plan un militaire, au deuxième plan plusieurs puits de pétrole sont en feu, ce qui génère des colonnes d’une dense fumée noire, elle obscurcit l’horizon en un vaste nuage horizontal. Enfmammer les puits de pétrole…la politique de la terre brûlée, cette pratique impressionnante a été reprise lors de la Guerre de 1990-1991. Le soldat semble enfermé dans ce cadre noir…La photo est marquée par des lignes horizontales fortes ( sable, pétrole) et relevée par des lignes de fumée, cela crée un cadre dans le cadre. En fait cette photo symbolise parfaitement l’enjeu pétrolier au Moyen-Orient, elle montre à quel point la bénédiction financière du pétrole peut aussi devenir une malédiction géopolitique.

PREMIERE (1990-1991) ET DEUXIEME GUERRE DU GOLFE (2003)
Après 1991, la Guerre Froide est terminée, l’espoir d’un monde multipolaire pacifié se développe, ce qui poutant Saddam Hussein veut redonner une dimension internationale à l’Irak, il envahit le Koweït pays riche en pétrole et ayant un accès direct au Golfe Persique. C’est la Guerre du Golfe (1990-1991). L’ONU condamne cette agression et mandate l’action d’une coalition internationale menée par les USA qui fait reculer les Irakiens et libère le Koweït sans renverser Saddam Hussein. L’Irak est mis au ban des nations.

Après 2001 le contexte change; les attentats du 11 septembre 2001 et la « guerre » contre le terrorisme lancée par G W Bush qui pousse les USA à intervenir militairement en Irak en 2003: les prétextes annoncés sont la « présence » armes de destruction massive, et la nécessité d’installer la démocratie en Irak…le prétexte réel est plus trivial: contrôler le pétrole irakien…
C’est d’ailleurs ce que dénonce Alan Greenspan (président de B.C US de 1987-2006) «Cela m’attriste qu’il soit politiquement incorrect de reconnaître ce que chacun sait: la guerre en Irak est largement une question de pétrole»

CONCLUSION
A travers tous ces exemples, nous avons pu nous apercevoir qu’effectivement le pétrole est à la fois une ENJEU mais aussi UNE ARME géopolitique. Le pétrole est au centre de l’évolution historique du Moyen-Orient mais détermine aussi l’histoire mondiale.
Le pétrole apparaît comme un cadeau empoisonné car il attire l’attention des autres pays étrangers, mais peut permettre aux pays producteurs d’être indépendants financièrement et de leur donner un poids international.
Nous nous sommes alors ralliés à la pensée de Lord Fisher, premier lord de l’Amirauté britannique qui en 1910 a dit: «Qui tient le pétrole tient le monde».

CHARAMEL Charly, TYRAKOWSKI Dimitri, T ES2, Lycée Arago 2013

POUR APPROFONDIR

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